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Jean Robert Sultan et ses dix mille arbres plantés à Fond-Verrettes


L’information a longtemps fait le buzz sur les réseaux sociaux : « un citoyen a planté à lui seul dix mille arbres ! », « un sage, un héros, ... »; « une autre Haïti est possible »… Les internautes ne pouvaient qu’être admiratifs. Le jeudi 9 décembre 2021, Jean Robert Sultan a été l’invité spécial de l’émission Haïti Climat, animée par Patrick St-Pré et Valéry Fils-Aimé sur Magik9. Le natif de Fond-Verrettes a raconté avec passion son aventure dans le secteur environnemental et prodigué des conseils à l’État haïtien.




Ses motivations


Jean Robert Sultan a dit constater la déforestation de la forêt des pins à partir de 1987. En peu de temps, il n’y avait pratiquement plus de forêt et les risques de sécheresse, d’inondation, de glissement de terrain et d’éboulement se sont accrus. En 1998, les habitants allaient expérimenter les conséquences de cette déforestation à la suite du passage du cyclone Georges. Il y a eu beaucoup de victimes, dont des proches de M. Sultan. L’événement a été tel qu’il a marqué le tournant de la mise en place du Système national de gestion des risques et des désastres en Haïti. En 2004, rebelote, Fond-Verrettes n’a pas été épargné par le cyclone Jeanne et a encore essuyé des dégâts. Conscients de ce danger permanent, M. Sultan et un groupe d’amis ont commencé à réfléchir sur la façon de résoudre ce problème. « Devrions-nous quitter notre commune ou faire quelque chose ? », s’interrogeaient-ils.


Après deux mois de discussion, plusieurs idées ont jailli, comme celle d'organiser un concours de reboisement et récompenser la localité la plus verte ou encore payer les habitants pour chaque arbre planté. Malheureusement, ils n’avaient pas de fonds pour implémenter ces solutions dont la pérennité n'était pas garantie. Finalement, ils ont décidé d’utiliser l’éducation pour reboiser leur commune!


Début des plantations


Jean Robert Sultan, qui se présente comme un paysan, a d’abord pris l’initiative de réconcilier sa communauté avec l’environnement. « Les habitants considéraient qu’ils n’avaient aucun rapport avec la forêt des pins qui est la propriété de l’État. Jusqu’en 2007, si un paysan trouvait une jeune pousse de pin dans son jardin, il l’arrachait toute de suite, pensant que l’État allait s’accaparer de sa terre », a-t-il expliqué.


L’homme va entamer un plaidoyer auprès des familles pour leur apprendre l’importance des arbres et de la forêt. Il a créé la Fondation pour le reboisement par l’éducation (FRE) et obtenu son premier financement en 2006 pour un petit projet de reboisement. « Cela nous a permis d’acheter des plantules à la plaine du Cul-de-Sac et servir du café aux planteurs », a-t-il précisé. Les habitants ont fini par être conscients que la forêt ne leur sera que bénéfique et ont commencé à planter des arbres sur leurs propriétés.


En 2008, un citoyen de la localité de Gros-Cheval (à 6 kilomètres au sud de Fond-Verrettes) a mis gratuitement à la disposition de la FRE un terrain pour dix ans. Ils ont effectué leurs premières plantations de pins (Pinus occidentalis) en 2008.


La méthode Sultan


« Ce dont tout le monde parle, à savoir les dix mille pins, ils ont été plantés sur un autre terrain. Son propriétaire, étant conquis par ce qu’on a fait en 2008, a mis à notre disposition son terrain pour dix ans », a fait savoir Jean Robert Sultan, qui tenait à préciser qu’il n’a pas lui-même planté la totalité des dix mille arbres.


« Nous avons fait de la sensibilisation et emmené les gens sur le terrain. Nous avons sélectionné des personnes qui ne pouvaient pas envoyer leurs enfants à l’école. En parallèle, nous sommes partis à la recherche de notables ou d’autres gens qui peuvent payer l'écolage. La scolarité entière est payée et les parents plantent des arbres en retour ». Tout simplement. Les gens plantent des arbres pour eux et pour l’école de leurs enfants. Cela a débuté en novembre 2010 dans la localité de Gros-Cheval.


Les planteurs ne sont pas directement payés. Jean Robert Sultan et son équipe arrivent à leur enlever l’idée selon laquelle la forêt des pins n’appartiendrait qu’à l’État et qu’ils n’auraient rien à y voir. Ils comprennent maintenant que c’est à eux et qu’ils doivent la sauver. Ils plantent des arbres, en prennent soin et font des rapports. Dès la première année, une centaine d’enfants sont parvenus à aller à l’école grâce à cette initiative.


Bien qu’il reste beaucoup à faire au niveau de la forêt des pins, un projet de reboisement qui aboutit en Haïti est une grande réussite, tant il y a de millions gaspillés dans des projets de reboisement non viables, des pépinières fictives et des centres de germoplasme qui se cherchent.


Des conseils à l’État haïtien


Jean Robert Sultan croit que nous avons un peuple qui est prêt pour le changement, moyennant des leaders sincères qui les aident à comprendre leurs démarches. Il invite également d’autres citoyens engagés à répliquer ce qu’il a fait : « Si dans d’autres régions il y a des gens qui voudraient répliquer ce que nous avons fait, qu’ils sachent qu’ils n’auront pas besoin de beaucoup d’argent. Il faut faire en sorte que les gens comprennent que c’est pour eux. Ainsi, toute la communauté pourra protéger les plantations. »


M. Sultant pense aussi que l’État haïtien pourrait exploiter ce qu’il a fait. « L’État aurait trois résultats pour un seul financement. Il pourrait utiliser les bacheliers qui veulent entrer à l’université. L’État payera l’université à ces jeunes en échange de ce service : le bachelier va, dans une zone, alphabétiser 50 adultes et ces derniers planteront en retour 50 arbres chacun. Et le jeune plantera aussi 50 arbres », a conseillé M. Sultan, qui imaginait déjà le résultat après 30-40 ans.


Cela fait penser au service civique institué dans certaines facultés de l’Université d’État d’Haïti. Par exemple, les jeunes ingénieurs agronomes résidents qui font leur service civique au ministère de l’Agriculture se plaignent souvent de passer une année sans rien faire. Ou presque. Certains superviseurs leur trouvent une tâche à l’arrache au dernier trimestre pour qu’ils aient quelque chose à mettre dans leurs rapports de stage. Dans un pays où l’environnement et l’agriculture souffrent de tous les maux, ne pourrait-on pas mieux faire? Des moyens financiers peuvent manquer, mais si les idées nous manquent l’espoir nous fuira.



Newdeskarl Saint Fleur

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